Le voyage d'un être solitaire

Du haut des remparts de l'accueillante Griff, quelques gardes discutent, adossés négligemment au garde-fou. C'est après un rapide coup d'œil de l'un d'eux qu'ils s'aperçoivent de l'approche d'une forme humaine. Les effluves de chaleur émanant du désert zûl rendent la forme fantomatique et mystérieuse. Après quelques minutes d'observation, les gardes commencent enfin à percevoir de façon plus précise cette silhouette : c'est un homme drapé dans des habits de cuir et dont la tête est recouverte par une large capuche qui s'approche de la ville. Seuls ses bras d'une blancheur laiteuse sont dénudés. A son poignet gauche, on peut apercevoir un bracelet de cuir dont l'usure témoigne d'un usage intensif. Dans son dos, le voyageur porte en bandoulière un arc de toute beauté : le bois sculpté et d'une couleur changeante est incrusté de gemmes aux couleurs chatoyantes reflétées par l'éclat du soleil.

Un détail tranche cependant avec l'apparence tranquille du voyageur : un morceau de tissu rouge sang dépasse de part et d'autre de sa main.

Z'rok'ran s'était lié d'amitié avec une compagnie d'élus. Les compagnons de bonne fortune se dirigeaient vers Griff lorsqu'ils ont été assaillis par des zûls en maraude. Après un combat où moult flèches ont été décochées et autant de zûl tombés, l'un des élus : Stark'ron le combattant, est tombé fasse au nombre. Le voyageur avait néanmoins réussi et non sans efforts, à récupérer une partie de son vêtement ensanglanté. Il s'était alors juré de venger la mémoire de son valeureux compagnon d'armes. Sa monture étant morte à la suite d'une chevauchée endiablée dans le désert zûl, il avait dû poursuivre son chemin par ses propres moyens.

Malgré la lourde capuche, son regard reste visible : un regard où la rage et la tristesse cohabitent de façon douloureuse. Ce même visage, qui avait été en proie quelques secondes auparavant à des émotions contradictoires, avait repris spontanément son éclat lorsqu'il avait relevé la tête pour saluer de sa voix joviale, les gardes interloqués.

En effet, ce curieux voyageur aux yeux gris laisse apparaître un visage fatigué, malgré sa jeunesse sous-jacente, encadré par des longs cheveux d'un blanc immaculé. Z'rok'ran ne passera pas inaperçu au sein de la cité mais après tout la différence et la diversité sont l'apanage de Griff.

Arrivée à la hauteur des remparts, la silhouette semble rapetisser comme écrasée sous le poids de ces massifs et hauts remparts d'enceinte. Jamais dans Kor de pareilles protections n'ont été érigées pour protéger ses habitants. Plusieurs fois centenaires, elles ont réussi à contenir au travers des âges, les assauts répétés des tribus Zûls. Elles restent les derniers remparts à la barbarie humaine.

Les battants de l'épaisse porte de bois, gardienne de la cité, trônent de chaque côté de la route. Une plaque de métal est greffée au dos de chacun des panneaux afin d'en améliorer la solidité. Après l'impression d'invulnérabilité laissés par la porte et les remparts, le voyageur s'imagine alors les vagues de barbares s'écrasant contre les fortifications, impuissants face à ces arêtes insurmontables

Il passe enfin l'épaisse ligne de remparts pour se retrouver dans la première enceinte de la ville. Cet homme à la stature imposante semble néanmoins bien chétif par rapport aux colossaux protecteurs qui patrouillent non loin de là dans leur énorme armure draconique.

Sa curieuse apparence ne laisse pas la foule indifférente. Son passage fait naître un léger murmure dans les étalages disséminés le long de la route principale.

Où que se pose son regard, tout n'est que misère et peine. Les plus démunis peuplent cette enceinte où les maisons sont rares et délabrées. Des femmes couchées à même le sol protègent leurs enfants sous le couvert de leur manteau déchiré. Des hommes se battent non loin de la route pour décider de l'avenir d'une pauvre poule errante. La loi du plus fort règne en ces lieux apocalyptiques.

Le voyageur est touché par tant de malheur car qui mieux que lui, qui a connu des conditions de vie pitoyables, peut comprendre la détresse de ces personnes. Perdu dans les souvenirs d'une époque lointaine et douloureuse, il est rappelé à la dure réalité lorsqu'une petite fille vient le percuter. Ses grands yeux gris, qui le dévisagent, le surprennent à se perdre dans cet océan de tristesse. Ne pouvant résister à l'appel de son cœur, Z'rok se baisse à la hauteur de la fillette pour lui remettre un morceau de pain qu'il tire de sous sa cape. Il se contente de son sourire radieux qui flottera quelques secondes dans son esprit avant qu'elle ne s'éclipse parmi la foule.

Après plusieurs minutes de marche au milieu de toute cette pauvreté, les remparts de la deuxième enceinte se dressent devant lui. Tout aussi imposants que les précédents, il en émane un sentiment de sécurité. Entre ces deux murailles gigantesques se dessine un paysage plus accueillant que cet endroit déchiré.

Autour de lui, les murmures dérangeants de la foule pouilleuse disparaissent peu à peu pour laisser place à un monde foisonnant de discussions animées. Une fois les fortifications passées, c'est un autre univers qui s'ouvre alors à ses sens. Les maisons branlantes sont remplacées par des bâtisses aux fondations solides, les passants ont troqué leur manteau de saleté pour revêtir des habits convenables. La vie semble avoir repris ses droits sur ce territoire.

Les passants vont et viennent dans les rues animées de la cité. Elle et ses habitants lui paraissent familiers tant il en a entendu parler et c'est avec plaisir qu'il se dirige dans les rues animées du quartier résidentiel. La nuit commence à tomber sur la cité de Griff, infiltrant ses ombres dans les ruelles les plus étroites de la ville. Après avoir contourné deux bâtiments en brique rouge, Z'rok s'immobilise devant le magistral monument qui se dresse devant lui. Les vents qui s'engouffrent dans le large hall de l'auberge ne sont pas s'en rappeler la respiration paisible d'un grand dragon. Il discutera toute la soirée, attablé avec deux autres voyageurs, de sa malencontreuse rencontre dans le désert et de la perte de l'un de ces compagnons. Il racontera aussi son inoubliable voyage au sein de la forêt de Solor, dont il sortit vivant mais au prix de douleurs physiques et mentales insoupçonnables.

Aux premières lueurs du jour, alors que les rayons du soleil lèchent les toits des plus hautes tours de la ville endormie, Z'rok arpente déjà les rues tranquilles de Griff. Se dirigeant vers l'est de la cité, il admire les quelques curieux bâtiments qui s'offrent à sa vue telle une magnifique tour qui domine la ville de sa hauteur. Les runes magiques, gravées à même la roche, scintillent légèrement comme si elles se gorgeaient de la douce lumière diffusée par le soleil. Le voyageur poursuit sa route, entouré par les bâtisses en lourdes pierres de taille. Ces maisons massives contrastent avec les habitations plutôt légères de la ville du Havre, sa ville natale, où la chaleur conviviale des tentes reste privilégiée à la triste froideur de la pierre locale.

Plus il progresse, plus le climat sonore se densifie comme si un large espace se trouvait par delà les quelques maisons qui font écran à son champ de vision. Au détour d'une auberge, il tombe brusquement sur une large route. Aux vues des vêtements portés par les voyageurs et de leur accent, Z'rok pense avoir affaire à des Pomyriens. En effet, ces commerçants foulent le sol de Griff pour vendre leurs armes forgées dans la ville de Cyse, ville du métal.

Une fois le long convoi passé, Z'rok tente de se frayer un chemin parmi les nombreuses caravanes. Sa grâce féline et son bon sens lui permettent d'échapper en particulier à la cohue générée par le renversement d'un chariot rempli de tonneaux de bières.

Après avoir déjoué tous les pièges sur sa route et passé les murs de la troisième enceinte, Z'rok atterrit subitement sur l'immense place du marché. Une impression de gigantisme le submerge alors qu'il prend conscience de l'univers qui s'ouvre devant lui. Les étalages en bois et leurs tentures aux couleurs chatoyantes s'étendent à perte de vue. Les senteurs d'épices, de fruits, de viandes rôties qui flottent jusqu'aux narines de Z'rok mettent ses sens en éveil. Les marchands à la criée se livrent à des joutes verbales pour attirer les passants. Les enfants courent parmi la foule, dérangeant parfois quelques voleurs dans leur acte.

Un grand nombre de magasins disposent de larges amphores. Z'Rok interpellé par cette abondance de jarres tente de percer le secret de leur contenu. Il arrive à apercevoir la substance noire, qui repose en leur sein, grâce à une outre dans le couvercle est ouvert. L'huile noirâtre que l'on appelle sang de Moryagorn est la première denrée minière de Griff. Recherchée pour son inflammabilité et sa toxicité, elle est extraite à l'aide des trois plates-formes maritimes installées non loin de la côte. Z'rok a déjà entendu parler de ce produit qui s'exporte dans tout Kor et ce jusqu'au confins de l'Empire Nésora.

La place du marché reflète la nature profonde de la ville: un mélange des ethnies et des tendances. Marchands, protecteurs et voleurs sont ici réunis pour édifier la ville la plus libérale de Kor.

Z'rok se sent dans son élément au milieu de la foule cosmopolite, il aime le contact avec les autres. Serpentant entre les étalages, il quitte progressivement l'effervescence ambiante pour retrouver les petites rues plus tranquilles de la zone résidentielle. Après avoir passé une auberge aux cheminées jumelles, le voyageur, qui pensait pourtant avoir vu beaucoup de choses en ce monde, reste subjugué par l'essence irréelle de l'échoppe qui se tient face à lui.

La matière des murs change perpétuellement mais semble suivre cependant un cycle régulier. Cette façon qu'a la matière de changer fait resurgir du fond de sa mémoire la légende d'une formidable épée.

En effet, la lave en fusion qui compose les murs du magasin le transporte vers l'époque où l'épée draconique Brorynzyr aurait été forgée. Il s'imagine un artisan élémentaire, travaillant dans son sombre atelier, uniquement éclairé par la lumière dégagée par le foyer de métal en fusion, prêt à donner vie à une arme magistrale. Subitement, les murs de lave se muent en un métal exceptionnellement pur et solide qui rappellerait le caractère quasi divin de " l'éveillée ". Cette arme, douée d'une volonté et d'une conscience propre, aurait été portée par des combattants tout aussi uniques.

Alors que les murs deviennent transparents, Z'rok se remémore l'époque où " Brorynzyr l'éveillée " disparut pour éviter d'être mêlée aux grandes guerres draconiques. Pour éviter d'être utilisée lors de ces guerres, elle se retira au sein d'une montagne faite d'une pierre qui pourrait être celle qui compose à présent les murs de la bâtisse. Brorne ayant eu vent, par son neveu Szyl, de la puissance de cette arme, alla l'extirper de sa prison de pierre pour la remettre à sa soeur Ozyr. Le grand dragon marin la garderait précieusement dans son antre aux fonds des océans.

C'est face à des murs d'eau que Z'Rok sort de sa rêverie toujours émerveillé par cette histoire que lui avait conté son grand-père. Doucement, encore sous le charme de cette légende, Z'Rok s'éloigne de l'officine qui revêt à nouveau sa parure de lave.

Il rebrousse alors chemin vers le nord de la ville. La douce chaleur du soleil de Griff est agréable et Z'rok en profite pour s'arrêter à la terrasse d'une auberge et discuter avec les clients. Après avoir fait connaissance, le voyageur se prend à conter ses diverses rencontres avec les dragons. Les clients semblent comme bercés par le flot continu des histoires extraordinaires du voyageur. Alors que Z'rok arrive aux termes de ses aventures, le soleil qui était à son zénith arrive finalement à la fin de sa course dans le ciel. Si Z'rok n'était pas aussi attaché à sa liberté et que sa soif constante de voyages ne le tenaillait pas perpétuellement, il serait heureux de rester dans cette ville.

Alors que le soleil disparaît à l'horizon, le voyageur se décide à rejoindre une auberge afin de terminer cette belle journée avec des compagnons de tablée. Z'Rok profitera pour une fois des aventures d'un autre voyageur qui lui aussi essuya l'attaque de barbares zûl lors de son périple pour atteindre Griff. Au petit matin, Z'Rok quitte l'auberge. L'air marin doucement porté par la brise matinale le met de bonne humeur. Il décide d'aller admirer la baie de Griff et par la même occasion d'observer les trois plateforme d'extractions du Sang de Moryagorn. La ruelle qu'il emprunte débouche brutalement sur une baie gigantesque, laissant apparaître une mer d'un bleu changeant.

Les rayons du soleil jouent avec les cimes des vagues faisant varier la couleur de l'eau de l'outremer au turquoise. Au loin, Z'Rok distingue trois énormes blocs. Ces monstres marins ne sont autres que les plateformes maritimes de Griff. De mémoire de voyageur, il n'a pas souvenir d'avoir rencontré des bâtiments mécaniques d'une telle taille. Malgré la distance qui les sépare, elles lui paraissent relativement proches. L'une d'elles semble néanmoins plus petite mais sa taille reste toute relative eu égard aux colosses auxquels elle est comparée.

Après être resté de longues minutes à contempler ce spectacle inhabituel, Z'Rok s'écarte de la scène et aperçoit les larges remparts de la dernière enceinte de Griff. Ces remparts abritent la partie administrative de Griff où les affaires importantes sont discutées. Il se dirige impatient vers les fortifications et une fois à leur pied contemple leur gigantisme. Z'Rok les longe jusqu'à parvenir à une brèche dans l'épais rideau de pierre. Cette ouverture d'une vingtaine de mètres de large est encore peu traversée contrairement aux heures plus avancées de la journée où la foule s'y engouffre en flot continu.

Une masse colossale surplombe les remparts baignant dans l'ombre une grande partie de la seconde enceinte. Ce bâtiment aux allures de forteresse, abrite sur ces contreforts des protecteurs effectuant des rondes. Z'Rok découvre pour la première fois la caserne de Griff, réputée imprenable même en cas d'assaut du reste de la ville. Ce monument s'appuie aux remparts et renforce leur impression d'invulnérabilité.

Sur la gauche de la faille, des bruits de discussions s'évadent par la porte d'une taverne. Z'Rok s'approche du bâtiment et caresse de la main, les impressionnantes pierres de taille grises. La taverne est encore peu remplie. Seuls quelques hauts dignitaires engoncés dans leurs habits précieux, conversent des problèmes du jour et des rumeurs d'une attaque Zûl.

Le voyageur remarque cependant deux hommes attablés dans un coin de la salle. Leurs apparences lui semblent familières. Intrigué, il s'approche doucement, cherchant dans sa mémoire des souvenirs enfouis parmi ses innombrables aventures.

Leurs voix lui parviennent, de plus en plus précises à mesure qu'il s'avance et c'est alors qu'il reconnaît ses deux compagnons de fortune. Après avoir luttés ensemble contre les Zûls, ils durent se séparer pour pouvoir augmenter leur chance de survie.

Laissant éclater sa joie, il les interpelle au travers de la taverne ; les deux silhouettes se retournent et se relèvent. L'un grand, des épaules aussi larges et robustes que le tronc d'un chêne centenaire. Peu d'hommes sur Kor peuvent se targuer d'être aussi impressionnant que ce combattant. Des tatouages recouvrent son visage taillé à la serpe. Il porte une armure de plaques et une hache de guerre pend le long de son flanc droit. Le second, plus petit, mais surtout plus âgé, porte une fourrure sur ses frêles épaules. Seule une fine armure de cuir cache son corps entièrement recouvert de runes aux circonvolutions complexes. Une aura de puissance et de confiance insolente les entourent. Les trois hommes se saluent à la façon des guerriers en se serrant mutuellement l'avant bras.

Chacun raconte à l'autre la suite de leur combat. Jon Snow et Nahagan N'Ragon décrivent comment ils anéantirent, à grands coups de hache et de boules de feu, les vingt barbares Zûls qui les poursuivaient.

Z'Rok raconte à son tour sa fuite et le triomphe face à une dizaine de ces guerriers sanguinaires.

Après trois heures de récits endiablés, les trois compagnons d'armes sentent un changement soudain dans l'atmosphère. Des bruits éloignés et sourds se faufilent par la porte entrouverte. Brusquement, le climat jovial qui s'était installé à la table des trois compères disparaît pour laisser place à un malaise environnant. L'agitation extérieure se propage à la vitesse d'un cheval au galop et encercle maintenant la taverne. Les trois aventuriers sortent alors précipitamment sur la grande place de la première enceinte et découvrent une ville choquée. Plus d'un millier de protecteurs courent vers l'ouest de la ville, la hache de justice à la main. Une centaine d'eux se regroupent devant un majestueux bâtiment. Deux gigantesques tours qui s'élancent vers les cieux, reposent sur un monument taillé dans la pierre blanche des collines de Griff.

Des hommes, certainement des miliciens, viennent grossir les rangs de la colonne de protecteurs qui s 'éloigne. Le vacarme retentissant des armures qui s'entrechoquent évoque les prémices d'une grande bataille.

Z'Rok, Snow et Nahagan ne peuvent rester inactifs. Ils décident de suivre cette marée humaine qui se déverse dans les rues de la cité. Ils s'engagent dans une course folle pour rejoindre au plus vite le centre de cette panique. Les trois compagnons avalent les distances, ralentissant parfois pour attendre le vénérable Nahagan. Les décors se suivent et ne se ressemblent pas. Ils traversent les différentes enceintes mais un point commun les rassemble : la peur que l'on peut lire dans les yeux des habitants. Pauvres, riches; hommes, femmes; bien portant ou maladif : tous sont sur le même piédestal et doivent affronter leur destin.

Les compagnons d'armes arrivent enfin dans la dernière enceinte. La scène qui se déroule devant eux les laisse perplexes: plus de six mille soldats, tous lourdement armés et protégés sont entassés devant les portes de la cité. Z'rok, Nahagan et Snow, immobiles, ne remarquent même pas les mendiants qui les percutent dans leur fuite, tombant souvent à la renverse.

Cette armée se prépare à affronter un terrible ennemi et sa stratégie est claire : défendre au péril de leur vie les remparts. Plusieurs rangées de miliciens sont mobilisées sur les lourdes fortifications. De très nombreuses javelines de guerre sont placées non loin d'eux Un dragon de Brorne atterrit sur les remparts afin d'observer la situation près d'un protecteur paré pour l'affrontement. Ils échangent un regard complice comme s'ils profitaient pleinement de la présence de l'autre. Au fur et à mesure que la tension monte dans les rangs, les mailles de leur lien semblent se resserrer. Leur union ressortira certainement grandie du combat ; s'ils y survivent.

La compagnie se reprend enfin et court vers les escaliers qui mènent à la plateforme d'observation. Ils montent les marches quatre à quatre jouant parfois des épaules avec des protecteurs encombrants. Tout trois arrivent ensemble au sommet des marches et comprennent enfin l'effroi qui s'insinue dans les rangs. La route qui mène à Griff est encombrée par plus de vingt mille guerriers Zûl. Grâce à sa vision surhumaine, Z'Rok discerne un homme qui dégage une aura de puissance incommensurable. Le guerrier qui brandit une hache sombre, porte une armure d'os et de corne. Il est entouré par plusieurs guerriers tout aussi impressionnants, sans doute sa garde.

Z'Rok n'avait jamais combattu une force armée aussi colossale. Face à cette horrible machine de guerre, il ne peut s'empêcher de contempler le visage des troupes. Tous semblent apeurés, tremblant dans leur armure. Seuls le dragon présent affiche une certaine sérénité.

Il sent qu'il doit intervenir car si le moral des troupes reste aussi bas, ils se dirigent vers une défaite certaine. Ne pouvant se résigner à cette option, il fait appel aux vents pour donner à sa voix la puissance du tonnerre. Tous tournent alors leur attention vers cet étranger aux pouvoirs surprenants. Il sent un frisson se répandre dans les rangs adverses à la vue de cette prouesse. Z'Rok prend alors la parole :

" Vous ne me connaissez pas mais je vous demande de me faire confiance. Si vous doutez ou si vous avez peur, pensez à vos femmes et à vos enfants. Si les Zûls passent nos défenses, ils n'auront aucune pitié, il n'y aura aucun survivant ". A ses paroles, les guerriers se redressent et semblent affermir la prise sur leur javeline. Il marque une pose et reprend son discours :

" Soyez forts mes frères, nous pouvons les défaire. Votre avenir et celui de Griff sont entre vos mains! Finissons en avec ces maudits barbares. Pour Griff, Pour Vous !". Il sent alors ses hommes reprendre courage en eux et se mettre en position. Z'Rok aperçoit du coin de l'œil Snow qui semble faire de même avec les protecteurs de la cité. Eux aussi se mettent en position et une détermination sans faille se lit maintenant sur leur visage.

Alors que tout le monde semble prêt pour l'affrontement, Z'Rok remarque la quiétude de Nahagan. Ce calme apparent ne dure guère longtemps car après quelques secondes, ses tatouages se mettent à crépiter. Des éclairs et des flammes s'échappent en filaments de ses poings fermés. Des arcs d'énergie pure commencent aussi à tourbillonner autour de lui.

Pendant que Nahagan se concentre, Z'Rok se rappelle son ami mort au combat. Les sentiments de colère et de haine qu'il avait oublié, grâce à son séjour paisible dans la cité, resurgissent avec une force accrue. Il décide alors de sortir le bandeau de son compagnon et de l'attacher à son bras. Cette bataille, il la gagnera en la mémoire du défunt Stark'ron.

Après quelques minutes, le chef de l'armée adverse abat sa hache marquant de ce fait le début des hostilités. Les barbares se jètent à l'assaut de la cité, les yeux injectés de sang, la bave aux bords des lèvres comme excités par le proche combat et la promesse d'effusions de sang.

Z'Rok prend alors la parole une dernière fois : " Quoi qu'il arrive mes frères, n'oubliez pas cette phrase : vivez en hommes libres ou mourrez en braves ! Sus à l'ennemi !"

Les premières javelines sont lâchées.

Aucune reddition ne sera possible…



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